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Flash-back sur une envie.
(cf cubalatina.com)
L'affaire s'est nouée le
1er janvier 1995 à La Havane, le
long du Malecon, cette fameuse avenue dont les façades défraîchies
furent tant de fois photographiées. Il est trois heures du matin. Peu
de monde rôde dans le coin. Deux hommes prennent le frais. Assis sur le
parapet qui surplombe la mer, ils rêvent... : " Faut qu'on fasse un
truc ensemble ". L'un (Barbaro Teuntor) est cubain, trompettiste
attitré du groupe Sierra
Maestra, l'autre (Tom Darnal) est français,
ancien clavier de feu La
Mano Negra.
Ils se sont rencontrés
trois ans plus tôt, lorsque le combo de Paname fit escale à Cuba lors
de la fameuse tournée " Cargo ". Plus tard, la Mano Negra dissoute,
chacun s'éparpilla dans la nature. Manu
Chao partit sur les routes avec son magnéto et
sa guitare. Il en ramena la matière pour son bel album "Clandestino"
que les professionnels français ont élu album de l'année, catégorie "
Musiques traditionnelles" , aux Victoires de la Musique à Paris, en
février. Tom Darnal
prit lui aussi la route du Sud, vagabondant du Mexique à Cuba, où il
retrouve son pote Barbaro.
Le temps passe. L'idée jaillie sous les étoiles fait son chemin.
Battant le rappel de quelques copains parisiens, Tom Darnal lance
l'histoire : " On avait envie à plusieurs de faire une musique ouverte,
d'explorer un peu tous les styles musicaux. On a enregistré deux maxis.
Dans le second, assez marqué drum'n'bass, Barbaro était déjà présent.
J'ai voulu ensuite travailler davantage avec lui et avec les gens qu'on
connaissait là-bas. " Retour à La Havane. Pas de chance, le
trompettiste s'est envolé. Il tourne en Europe avec Sierra Maestra. " Je
me suis retrouvé avec les enfants de la famille, le groupe afro-cubain Ire Ire. On a
commencé à jeter les premières pistes de cet album en enregistrant des
percussions, des cloches, des chants ".
Retour à Paris. Barbaro est là.
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" Nous avons écouté tout ça,
plus les choses que j'avais enregistrées au Mexique, dans le Chiapas.Au
bout d'un moment, il est apparu clairement qu'il y avait là matière
pour faire deux albums.
L'un assez dur, drum'n'bass, très politisé, l'autre plus festif ". Le
premier, Rumours Of War,
est sorti en août 98, sur le label basque Esan Ozenki (distribué en
France par Mélodie).
Voici aujourd'hui le second, Urban
Cuban, bouillonnante mixture
de climats, savoureux mélange d'électronique, de voix et de percussions
cubaines, perlé de cuivres joyeux et orné de violons (deux invités du
mythique Orquesta Aragon).
" Tout ça a pris en gros trois ans, demandé plusieurs allers-retours
entre Paris et La Havane, " poursuit Tom Darnal. Je ne voulais pas que
ce soit juste de la musique électronique avec quelques ingrédients
latins. Je souhaitais d'abord écouter, connaître mieux la musique
cubaine, les instruments, puis voir ce qu'on pouvait amener dessus, en
veillant à ne rien dénaturer. " Le but étant de faire danser, car ça,
c'est vraiment essentiel " Noyau central de P18, dans lequel on
retrouve, deux autres anciens de la Mano (à la guitare et aux
percussions ), Tom Darnal, comme tous les musiciens qui foulent un jour
cette île, s'est lui aussi pris d'amour pour Cuba : " Il y a
là-bas un souci constant de groove et de qualité. Les gens qui
travaillent dans le monde musical sont très pointus, ils ont écouté de
la musique avant de faire des écoles de commerce ". Quant au succès actuel de la musique cubaine,
il s'en réjouit plutôt et trouve même cela complètement naturel : " Il
y a une vraie finesse dans le rythme, dans la manière de chanter. Ça
swingue, ça tourne, tout le monde peut craquer, même sans être né dans
les Caraïbes ". La musique latino, il en est persuadé, va de plus en
plus évoluer avec l'électronique. " Le genre de mélanges que l'on fait,
d'autres le pratiquent également. Il y a une scène qui va naître sur ce
créneau. C'est évident ". En concert, la tribu P18, sème de joyeuses
turbulences. Le public exulte, chauffé par une musique fiévreuse et des
chanteuses-danseuses promptes à déniaiser tous les coincés. le souhait
de Darnal, aller jouer en Amérique du Sud, à Cuba et, pourquoi pas, "
au Bénin, là d'où est partie la musique afro-cubaine ".
Patrick
Labesse.
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